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Les petits soucis de la vie ordinaire….

 

   Le week-end qui suivit ma dernière séance fut beaucoup plus serein que les précédents. Je savais que maintenant, chaque jour qui allait passer allait me faire remonter vers la surface.

   Je n’avais que deux choses à faire : Me reposer, et tenter de m’alimenter le mieux possible pour récupérer un peu de poids et remettre la machine dans le sens de la marche.

On m’avait prévenu que cela allait être long, très long !.

   Ma première véritable sortie fut pour mon coiffeur. On m’avait conseillé d’aller voir un professionnel pour qu’il me fasse un traitement capillaire anti-chute, et surtout couper un peu de longueur de ce qui me restait comme crinière, ne serait-ce que pour me donner un peu  meilleure mine.

   Il se trouve que mon coiffeur est un « ami de vingt ans » et à ma question sur l’état de mes cheveux il me répondit qu’il avait vu bien pire. Cette sortie, d’une navrante banalité, m’avait tout simplement exténué.

   Nous habitions au deuxième étage, et j’avais du m’y reprendre à trois ou quatre fois pour monter les marches et arriver jusqu’à notre porte, et encore, soutenu par ma femme… Je me faisais l’effet d’avoir pris vingt ans en trois mois, et d’être presque grabataire…

   On m’avait interdit, cela va de soit, l’alcool et les cigarettes, mais aussi l’exposition aux rayons du soleil. En effet, entre autres inconvénients, la chimiothérapie rend la peau photosensible et si je ne voulais pas brûler encore un peu plus il valait mieux éviter toute exposition, même brève.

   Ce n’était donc pas encore demain matin que j’aurai le teint halé… tant pis, et puis c’était secondaire !

   Cela faisait plusieurs mois maintenant que ma femme ne s’occupait que de moi, laissant de côté ses activités, ses copines de l’atelier de peinture, nos amis communs etc.

Maintenant que j’étais à la maison, sans rien d’autre à faire que de me reposer, je l’avais incité à reprendre son cours de dessin du vendredi, pour se changer un peu les idées.

   Elle accepta du bout des lèvres mais elle accepta. Il était plus que temps qu’elle se remette à penser un peu à elle.

   Moi je pouvais me reprendre en charge petit à petit, et puis comme je ne pouvais pas faire grand-chose tout seul, et que je passais le plus clair de mon temps à m’endormir sur mes mots fléchés ou devant la télévision…. Il ne pouvait pas m’arriver grand chose de fâcheux.

   Elle est rentrée ce soir là avec un grand sourire, et pour la première fois depuis très longtemps un peu détendue. Je l’ai encouragé à sortir d’avantage et, à ma grande surprise elle décida d’aller faire quelques emplettes vestimentaires dès le lendemain.

   Un autre petit souci venait de s’ajouter aux autres : depuis deux jours je n’avais plus du tout de voix et un énorme œdème était apparu au niveau de mon cou!…. Sans trop savoir si cela était normal ou non, j’affirmais pourtant à ma femme que cela l’était. Elle semblait si heureuse que ce que nous considérions comme le pire, soit enfin derrière nous, que je n’avais pas le cœur à la contrarier.

   Toujours cette manie de vouloir préserver à tout prix ceux que j’aime !! cela ne m’aidait pas beaucoup à me rassurer moi même, mais voir son inquiétude s’estomper suffisait à mon bonheur…

   Cela faisait aussi plusieurs semaines que nous n’avions pas eu les enfants à déjeuner. Les vingt neuf ans de notre fils et la fin de mon traitement valaient bien un bon repas. Nous avions donc décidé de les inviter le dimanche suivant.

   Malgré mon manque de goût pour la nourriture et donc mon absence d’appétit, j’avais passé une excellente journée, presque normale, en présence de toute ma petite famille.

   Il y avait des mois que des éclats de rires n’avaient pas résonné dans notre salon, cela me fit un bien immense.

   La vie reprenait tout doucement ses droits. Nous n’avons rien fait d’extraordinaire, mais le seul fait de passer ce moment en famille, et de savoir que le lendemain je ne serai pas obligé d’aller à l’hôpital,  faisait de moi un autre homme. Plusieurs fois je me suis surpris à rire de bon cœur. Ma femme le remarqua et son visage s’illuminait à chaque fois.

   J’avais touché le fond, mais il me semblait que je commençais à remonter doucement. Je savais que la route serait longue, pénible, et semée d’embûches, mais je me suis remis à y croire.


L’épine dans le pied !

 

   A l’évidence, j’étais bien loin d’être sorti d’affaire, mais au moins, j’étais allé jusqu’au bout. Je m’étais battu comme j’avais pu et si par malheur cela débouchait sur un échec à court ou moyen terme, et bien tant pis, je l’accepterai comme tel, sans rien avoir à me reprocher.

   Durant tous ces mois, toutes ces semaines, les témoignages d’amitié et de soutien n’avaient pas manqué, tant au niveau de ma famille que de mes amis proches ou moins proches. Je m’étais senti accompagné et soutenu durant ces épreuves, cela m’avait beaucoup aidé.

   Toutefois, et bien que cela ne fut pour moi qu’une demie surprise, le silence pesant et durable du côté de ma belle-famille, et plus précisément de ma belle-mère avait beaucoup de mal à passer.

   Je n’ai jamais bien compris pourquoi ma belle mère ne m’aimait pas. Certes, comme tout le monde j’avais fait des erreurs, mais qui n’en fait jamais ?

   Depuis l’instant où j’avais fait la connaissance de sa fille et jusqu’à aujourd’hui, soit près de quarante ans après, nos rapports furent toujours tendus, voire même carrément  hostiles. 

   Il est vrai que dans cette famille, il a toujours été  interdit de parler des choses qui fâchent. Les discussions à voix basse pour que ceux qui sont concernés n’entendent pas étaient quotidiennes, et les petites réflexions acerbes et autres piques pour faire mal faisaient parties de la vie courante. Tout le contraire de ce que j’avais vécu dans ma propre famille.

   Je n’ai jamais supporté l’hypocrisie, les silences pesants, les sous-entendus, le ressentiment. Avec ma belle-mère j’étais servi, car elle ne savait pas vivre autrement. Cerise sur le gâteau c’était aussi une femme envieuse et jalouse, dépourvue de toute tendresse, même vis à vis de son mari et de sa fille.

   Nous avions eu par le passé quelques discussions au cours desquelles j’avais certainement dit trop haut ce qu’elle pensait tout bas depuis sa plus tendre enfance. Cela ne suffit pourtant pas à expliquer son attitude.

   Il n’empêche que cela m’aurait quand même fait plaisir d’avoir pendant cette période douloureuse et difficile pour moi, et pour sa fille,  de recevoir un ou deux coups de fil de sa part, même si ils avaient été de « circonstance ».

   La  haute tension qui s’était installée entre nous toutes ces années ne m’avait pas empêché, lorsque ma femme avait perdu son père, emporté par un cancer du poumon en quelques semaines, d’aider ma belle-mère dans les démarches nécessaires qui suivent inévitablement le décès d’un proche.

   Elle, qui n’avait jamais fait un chèque de sa vie, comptait encore en « anciens » francs… et ignorait totalement le fonctionnement d’une calculette moderne ; le passage à l’Euro promettait d’être un peu…. « délicat ». Nous l’avons donc soutenu par notre présence, assistée autant que faire se peut, et réconfortée comme nous le pouvions. Elle semblait si perdue que c’était la moindre des choses.

   Mes propres parents avaient également été très présents pour la soutenir dans ces moments difficiles. Ils étaient même venus lui rendre visite quelques jours pour lui changer les idées.

   J’ai eu, quelques années plus tard, l’occasion de constater à nouveau son indifférence à mon égard, et sa véritable personnalité.

   Lorsque j’ai à mon tour perdu ma mère -avec qui soit disant elle s’entendait parfaitement- je n’ai jamais eu de sa part, même un simple coup de téléphone où elle m’aurait présenté ses condoléances… Jamais ! La même indifférence s’est manifestée lorsque il y a deux ans j’ai perdu mon Père.

   Je suis intimement persuadé qu’elle n’y a même pas pensé, ne se sentant sans doute aucunement concernée par ces évènements.

   Même si sur l’instant cela me fit un peu de peine, je n’étais après tout que le gendre, la « pièce rapportée ». Cela m’était finalement un peu égal.

   Ce qui me touchait par contre,  c’est que ma femme souffrait de cette situation beaucoup plus que moi, d’autant que la tendresse naturelle qu’une fille est en droit d’attendre de sa propre mère ne s’était jamais manifestée.

   Il ne m’est jamais arrivé par exemple, de voir ma Belle-mère prendre sa fille dans ses bras, comme cela se fait fréquemment chez les gens normaux quand ils veulent manifester de la tendresse vis-à-vis des gens qu’ils aiment.

   On imagine assez bien les énormes dégâts psychologiques qu’une telle attitude peut générer chez quelqu’un de fragilisé par la maladie d’un proche, et qui ne peut même pas aller chercher un peu de réconfort auprès de la seule famille qui lui reste : Sa propre mère !.

   Pour cette seule raison, si toutefois je devais en chercher une, je ne veux plus rien avoir à faire avec cette personne, qui pour moi représente tout ce que je déteste le plus au monde : La méchanceté, la bêtise,  et l’égoïsme faite femme. L’âge avancé de ma belle-mère n’est en aucun cas une excuse, car je l’ai toujours connu avec ce même état d’esprit.

   Faute donc, d’avoir été invités dans la maison « familiale » de mon épouse, nous décidâmes d’aller passer quelques jours à Menton sur la côte d’azur à la mi Mai.

   Ce séjour nous permettrait de nous aérer, de respirer l’air pur du bord de mer, et de profiter du soleil, toujours généreusement présent à cette période de l’année. Pour l’occasion d’ailleurs, nous avions demandé à un couple de cousins du côté de ma femme, dont nous sommes très proches, de se joindre à nous. Ils acceptèrent sans hésiter, trop contents d’être avec nous, et en même temps de découvrir un coin de France qu’ils ne connaissaient pas encore.


Petite escapade dans le sud

 

   Notre départ puis notre voyage depuis Paris vers Menton furent, pour moi, un véritable calvaire. J’étais si faible qu’il m’était impossible de tirer une valise, même à roulettes.

   J’étais essoufflé au moindre effort et pris d’étourdissements toutes les cinq minutes. Heureusement l’avion n’a pas eu de retard, peu de monde au guichet des locations de voitures à Nice, et cerise sur le gâteau au goût de farine, il faisait un temps splendide, le ciel était d’un bleu lumineux et il faisait presque chaud ! Un vrai bonheur.

   Nos cousins arrivèrent de Saône et Loire le lendemain en fin de matinée. Ils étaient descendus en voiture en prenant le chemin des écoliers par la route Napoléon.

   Je devais exclure de mon emploi du temps, toute promenade prolongée, et lorsque je marchais il fallait impérativement que cela soit sur du plat.

   J’avais pu prendre un peu l’air et le soleil, bien abrité sous un magnifique chapeau de paille légère et les bras couverts pour ne pas attraper de coups de soleil, respectant ainsi les consignes des oncologues qui m’avaient interdit toute exposition au soleil au moins pendant six mois. Pour moi qui suis un fervent amateur de soleil ce fut une très grande frustration.

   Ce petit voyage avait été pour moi l’occasion de revoir également ma famille, et de discuter avec eux autrement qu’au téléphone. Mon père ne savait pas quoi faire pour me faire plaisir, l’ambiance était très détendue, et même si je ne sentais rien de ce que j’avalais, j’arrivais quand même à manger un peu.

   Le soir qui avait précédé notre départ, j’étais allé sur la terrasse de la maison et qui domine la mer. En face de moi l’Italie. Le ciel était constellé d’étoiles, comme ce fameux soir, lorsque j’étais resté seul à l’HEGP et où j’avais adressé une prière à ma mère pour qu’elle m’aide. Ce soir, j’étais là, dans sa maison, sur cette terrasse face à cette vue qu’elle avait tant aimé, et où elle adorait regarder la mer. J’ai levé les yeux vers ce ciel magnifique et je n’ai trouvé qu’une seule chose à lui dire :

 

Merci, Maman. Je t’aime et tu me manques beaucoup.

 

   Je me sentais bien, j’étais un peu triste mais heureux. Très heureux.

 

   Nous sommes rentrés à Paris. Je me sentais beaucoup mieux, car j’avais retrouvé quelques forces. Je dormais à nouveau presque normalement, et il m’arrivait même de faire des grasses matinées jusqu’à… huit ou neuf heures du matin sans me réveiller.

 

   Les jours rallongeaient, les températures extérieures étaient maintenant très agréables et nous permettaient de sortir chaque après midi pour aller faire quelques pas au Champ de mars.

   J’avais entamé une longue, très longue convalescence, mais mon combat contre le cancer n’était pas terminé pour autant.

 


Bilan et réflexions générales….

 

   Page après page, j’ai essayé de décrire aussi précisément que possible, tant au niveau physique que psychologique ce que l’on peut ressentir dans sa chair et dans sa tête, quand on est atteint d’un cancer et que l’on a pas d’autre choix que de remettre entre les mains de la médecine sa propre vie.

   Il est bien évident que chaque cancer, chaque individu, est différent.

   Je sais aujourd’hui que le cancer pour lequel j’ai été traité n’est pas un des plus graves, même si l’issue peut quand même être fatale, ou très incapacitante (laryngectomie totale).

   Beaucoup de malades sont obligés de se battre au quotidien beaucoup plus longtemps que moi et dans des souffrances que j’ai moi même du mal à imaginer. Aussi ne faut t’il voir dans ce récit que la description « sur le vif » aussi fidèle que possible d’un vécu « avant », « pendant », et maintenant « après », rien d’autre.

 

  Comme je l’ai déjà souligné, je ne suis pas médecin, et je n’ai donc aucun droit ni qualification pour donner des leçons à qui que ce soit. Simplement j’ai essayé de décrire aussi précisément que possible et sans aucune concession ce que l’on est obligé de subir, lorsque l’on est atteint par cette maladie

 

   On est jamais totalement guéri d’un cancer et tous les malades qui ont eu un jour à faire face à cette maladie le savent bien : Pour ceux qui ont la chance d’avoir survécu, ils vivent avec, jusqu’à leur dernier jour.

   Comme le disait une récente campagne de prévention gouvernementale, nous ne sommes que des gens comme les autres, des « héros ordinaires », simplement différents du reste de nos concitoyens par le combat que nous avons du mener, pour vaincre la maladie.

   Même si parfois le fait d’être atteint d’un cancer peut paraître injuste, se lamenter ne sert à rien et surtout diminue considérablement les chances de rémission.

 

   Durant ces six mois j’ai côtoyé beaucoup de malades, hommes et femmes de tous les âges, de tous les milieux sociaux professionnels, tous atteints comme moi de cette maladie. Il ressortait toujours des discussions que nous avions, une vérité toute simple : Cela n’arrive pas qu’aux autres!.

    D’autres maladies très graves frappent la population : Le Sida, la sclérose en plaques, le diabète, sans oublier toutes ces maladies orphelines, et bien d’autres encore.  Beaucoup trop de gens attendent en vain une greffe d’organes et certains meurent, faute d’un greffon disponible ou compatible.

 

   Ce qu’il faut avoir constamment en mémoire  aujourd’hui, c’est que le taux de mortalité dû au cancer  recule considérablement, et que les ravages que cette maladie faisait dans la population il y a encore une décennie n’ont plus rien à voir avec ceux qu’ils causent en 2006.

 

   Les traitements sont de plus en plus pointus, plus  ciblés, et donc mieux supportés. La recherche continue à faire d’énormes progrès, grâce aux dons des particuliers, des subventions et au dévouement des bénévoles, qui sont très souvent d’anciens malades, et qui se dépensent sans compter pour informer, réconforter, et aider les autres.

   Et puis surtout les personnels de santé dans leur ensemble,  des chercheurs au simple brancardier et même les hôtesses d’accueil des hôpitaux. Ils ont tous et toutes un rôle important à jouer et ils le font très bien.

   Les médecins, les infirmières, et les infirmiers, qui sont au quotidien en contact avec ces malades, et apportent tous les jours un indéfectible et nécessaire soutien, les aides soignants, et tous les autres.

   A tous les niveaux de la hiérarchie médicale ces gens font un travail admirable et construisent avec les patients des rapports de confiance, hier jugés inutiles et contre productifs. On ne pourrait concevoir en ce début de XXIème siècle, une hospitalisation qui ne repose pas , d’abord, sur cet indispensable rapport de confiance.

Aujourd’hui le malade demeure une personne, et il n’est pas nécessaire de le laisser souffrir pour le guérir.

 

    Le niveau de la douleur est constamment pris en compte, et la prescription de médicaments qui soulagent cette douleur est devenu un geste médical au quotidien, alors qu’il y a seulement quelques années on demandait à ces mêmes malades de faire preuve de courage et de serrer les dents. On disait alors que ceux qui ne se plaignaient pas, et qui supportaient la douleur mieux que les autres, qu’ils faisaient preuve de « courage » !. Quelle ineptie !

   J’ai pu moi même constater dans les faits, combien les relations patient  / soignant étaient importantes dans un traitement médical surtout quand celui-ci est lourd, long, et douloureux.

   Expliquer au patient son traitement, les effets indésirables, la durée, et tout ceci pour lui faire comprendre et admettre  que c’est pour son bien. Ne plus aller vers l’inconnu sans oser poser les questions même celles qui dérangent. Ce type de relation entre le « soigné » et le « soignant » est aujourd’hui courant, et a considérablement fait évoluer les choses, y compris le regard que l’on porte sur l’hôpital en général.

 

   Pour mon propre cas, j’ai souvent posé de multiples questions à ce personnel soignant. J’ai toujours eu des réponses franches, et jamais de dérobades ou de faux-semblants. Je savais ce que l’on allait me faire, pourquoi, comment, et quels en seraient les effets à court et moyen terme.

   De même on ne m’a jamais rien imposé et tout ce qui a été fait, l’a été avec mon accord plein et entier.

 

   Depuis ma première visite et jusqu’à ce jour aucun reproche ne m’a été adressé, et pourtant je n’en étais pas exempt. On aurait pu me dire que ce qui m’arrivait était de ma faute, que j’avais trop tiré sur la ficelle, que je ne pouvais m’en prendre qu’à moi même, etc.

   Le personnel soignant est là pour soigner, pas pour juger, ni pour reprocher quoi que ce soit à qui que ce soit.

 

   Il remplit parfaitement son rôle.

 

   Et puis, dans la chaîne des intervenants, il ne faut pas oublier le rôle prépondérant que doit avoir le malade. Chaque patient doit s’impliquer totalement et ne pas se contenter d’être un acteur passif. Il doit avoir la volonté de se battre aux côtés de ceux qui possèdent les moyens et la connaissance.

   Tous les médecins vous le diront : Pour aboutir à une guérison, ou une rémission, ils ont besoin que le malade possède en lui la volonté de guérir, et transforme toute son énergie en énergie positive. C’est indispensable.

   J’éprouve, depuis cette période, où j’ai eu bien malgré moi, l’occasion de fréquenter quotidiennement le corps médical, une très grande admiration pour tous ces gens qui consacrent leur vie à sauver celle des autres, et souvent dans des conditions de travail très difficiles.

   Nous avons la chance d’avoir en France une médecine et des médecins de pointe, ainsi qu’une protection sociale, très efficace. Ceux qui affirment le contraire ne savent pas de quoi ils parlent.


Suivi et petits inconvénients…

 

   Un cancer n’est pas comme une grippe ou une autre maladie infectieuse que l’on soigne aux antibiotiques. Dans la plupart des petites affections, il suffit d’attendre que la fièvre tombe, de prendre quelques médicaments appropriés, de se reposer quelques jours et la machine repart toute seule. Bien entendu, pour un Cancer c’est une toute autre affaire.

   A quoi cela servirait-il de faire subir des traitements longs et couteux, si au terme de ceux-ci, les malades étaient lâchés dans la nature sans aucun suivi ?. A rien !.

    J’allais donc devoir, pendant plusieurs années me plier aux examens périodiques nécessaires.

 

   Il y avait tout d’abord des prises de sang régulières, qui permettraient de surveiller mon taux de plaquettes et de globules qui avaient considérablement chuté à cause de la chimio. Pour les deux mois à venir je devais en faire une par semaine.

   Venaient ensuite les scanners et les visites de contrôle. La première année je devais passer un scanner tous les 3 mois. Puis ensuite, si tout allait bien, deux par an, avec entre chaque scanner des visites alternées chez l’ORL et la radiothérapeute.

   Ensuite si tout allait toujours bien cela serait un scanner tous les ans, puis tous les deux ans, mais nous n’en étions pas encore là.

   J’allais donc être suivi régulièrement jusqu’à ce que je sois considéré comme guéri… Cela allait durer six ou sept ans au minimum.

   Bien évidemment, si je constatais quelque chose d’anormal entre ces visites programmées, je ne devais pas hésiter à contacter soit l’ORL, soit le service d’oncologie/radiothérapie.

 

   Mais, revenons au présent.

   Cela faisait maintenant trois semaines que j’avais terminé mon traitement de radiothérapie mais pour autant, en dehors des nausées nocturnes qui avaient disparues depuis quelques jours, j’avais toujours de très nombreux problèmes qui empoisonnaient ma vie au quotidien.

D’abord mon « agueusie » qui semblait bien installée et qui m’obligeait à avaler tout rond ce que je mangeais, ainsi que mes fourmillements aux extrémités des mains et des pieds, qui s’étaient même intensifiés ces derniers jours.

    J’avais très mal à la plante des pieds et des sensations très désagréables. C’était comme si je marchais sur une pelote d’épingles…

   J’avais appelé mon oncologue pour lui faire part de cette gêne, elle m’avait affirmé que cela allait certainement se calmer, mais qu’il n’était pas certain que cela disparaisse totalement, et tout de suite.

   Mes brûlures au cou et au thorax me faisaient toujours très mal et j’utilisais de très grosses quantités de crème anti brûlures pour me soulager. Lorsque cela était trop intolérable je prenais en complément un anti douleur spécifique.

   J’avais aussi une sécheresse sévère de toute la cavité buccale et je ne pouvais rester plus de dix minutes sans boire une gorgée d’eau sous peine de sentir ma langue se coller au palais… Une impression extrêmement  désagréable. J’avais à présent en permanence à moins d’un mètre de moi une bouteille d’eau minérale. On m’avait conseillé de beaucoup boire (comme les grands brulés !), je buvais deux bouteilles de 1,5l par jour !. 

   Pour finir, mes dents du bas étaient devenus très sensibles à la chaleur et au froid.

   C’était le prix à payer à la suite d’un traitement par radiothérapie. Mes glandes salivaires ne fonctionnaient plus, l’émail de mes dents était très abimé et devenait friable, d’où ma sensibilité au chaud et au froid… Il était possible qu’aux cours des mois qui allaient suivre cela s’arrange, mais rien n’était certain…. Je n’étais pas spécialement optimiste, mais c’était pour moi quelque chose de tout à fait secondaire par rapport au reste. J’avais toujours eu, depuis ma plus tendre enfance des problèmes avec mes dents.

   Mes cheveux avaient cessé de tomber, mais par contre j’avais un bel œdème dans le cou qui ne régressait pas du tout.

   Ce qui était bizarre, c’est que selon le côté sur lequel je dormais c’était tour à tour le côté gauche ou droit de mon cou qui était enflé. Une fois debout, cet oedème descendait un peu et restait au milieu du cou…. Impressionnant , non douloureux, mais fort disgracieux.

   J’avais également perdu totalement ma voix depuis plus de deux semaines. Je pouvais à peine parler et il m’était devenu impossible de répondre au téléphone.

Je marchais comme une très vieille personne dans la rue,  et je m’appliquais, lors de mes rares sorties en solitaire, à bien rester du côté « murs » pour ne pas me faire bousculer, et laisser passer tous ces piétons pressés….

 

   Bref, tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes : En six mois j’avais pris vingt ans, et perdu… un peu plus de vingt trois kilos !

   Nous étions mi mai, cela faisait maintenant plus de six mois et demi que j’étais en arrêt de travail « longue maladie ».

   Dans ce cas là, les entreprises (dans mon cas une   grande compagnie aérienne Française de plus de 100 000 personnes, donc une très grosse entreprise) sont tenues de continuer à vous verser votre salaire, et votre poste vous reste acquis.

   Passé six mois, et selon les accords de branche et d’entreprise, je passais sous le régime de la caisse de prévoyance et n’étais plus payé par mon entreprise mais par un organisme tiers.

 

   Quelques jours plus tard, mon chef de service, m’appela pour me demander si je comptais revenir travailler prochainement ou non…. Il fallait assurer la continuité et Bla, Bla, Bla….. Bref il me fit comprendre que même si je revenais travailler il ne fallait pas trop que je compte retrouver mon poste.

   Même si je m’attendais à cet événement, et que cela m’était tout à fait égal,  la façon de faire m’a malgré tout paru un peu cavalière, et surtout dénuée de tact et de délicatesse.  Il avait à peine pris le temps de m’adresser un bref « ca va mieux ? » avant d’enchaîner sur la suite sans même me laisser le temps de répondre.

   Peu importe, je savais de toute manière que même si je l’avais voulu, j’étais tout à fait dans l’incapacité physique de reprendre mon poste, avec tout ce que cela impliquait  de déplacements incessants en France ou à l’étranger, et en permanence entre Orly et Roissy pour assister à des réunions exténuantes, toujours déclenchées au dernier moment. C’était physiquement impossible, et en plus je n’en avais plus aucune envie.

   C’est donc sans aucun regret, et avec un petit sourire dans la voix que je lui donnais mon accord pour que l’on puisse disposer de mon poste et le mettre à disposition de quelqu’un d’autre…

   J’ai quand même proposé, lors de mon retour, de former mon remplaçant ou ma remplaçante. Je m’étais énormément investi dans ce boulot pendant de longues années et je souhaitais qu’il en reste un tout petit quelque chose….

   De toutes les façons si je voulais retravailler, et j’en avais envie maintenant, il me fallait l’accord de la médecine du travail, et je savais que ce n’était pas gagné d’avance! .

 

   Mon dernier arrêt de travail prenait fin le 06 juin prochain, et j’avais exclu l’idée d’une nouvelle prolongation que j’aurai d’ailleurs obtenue sans aucune difficulté.

Mon dernier jour de travail avait été le 15 Octobre 2005, et j’allais retrouver le chemin du bureau, le 07 juin 2006  au matin, soit presque huit mois plus tard !

 

   Plutôt que de téléphoner, j’ai informé ma hiérarchie par mail. J’ai bien eu l’accusé de réception, m’informant que mon courriel avait  été lu, mais aujourd’hui encore j’attend toujours la réponse accompagnée d’un petit mot gentil, comme par exemple « contents de te revoir parmi nous ».…. Dont acte.

 

   Cet aspect des choses fait aussi partie de la maladie. Il fallait gérer le retour à la vie normale, et qui dit vie normale dit nécessairement travail et gestion du temps.

 

   J’avais presque 57 ans, j’avais été gravement malade, et l’on venait de me faire comprendre à demi-mots que je n’avais plus ma place parmi les « cadres dynamiques » de l’entreprise.

   Mentalité propre aux  entreprises Française et de leurs dirigeants ? recherche de la compétitivité à tout prix, productivité et disponibilité maximale ?… sans doute, et dans une certaine mesure cela peut paraître tout à fait compréhensible. Malgré tout, ce n’est certainement pas de la sorte et avec ce genre de d’attitudes que l’on va améliorer, dans notre pays  le travail des « Seniors », même sains de corps et d’esprit !.

 

   Je n’étais bien sur pas licencié, ni même « remercié » (heureusement que nous avons des lois dans notre pays qui protègent les salariés, même de santé défaillante, contre ce genre d’abus), on venait simplement, et un peu brutalement de me faire comprendre que je pouvais revenir travailler mais que je n’avais plus de poste, donc plus de fonction ni de mission à remplir.

   Ni plus ni moins qu’une mise au « placard » en quelque sorte… .

   Cette nouvelle , à laquelle je m’attendais depuis un certain temps ne m’a pas du tout affecté, bien au contraire !. Au moins les choses étaient claires, et même cette tournure des évènements m’arrangeait quelque peu.

   Je n’étais pas le premier à me trouver dans cette situation et je ne serais certainement pas le dernier.

  

   Avant de reprendre le chemin du bureau, j’avais du renouveler ma garde robe, surtout au niveau des pantalons, car de quatre vingt douze kilos avec une belle surcharge pondérale, j’étais passé à soixante neuf kilos aujourd’hui et plus une once de graisse autour de la taille.

   J’avais perdu deux tailles de pantalon, quand aux vestes, chemises et cravates j’avais décidé de m’en passer pour me mettre aux polos et pulls… toute la semaine en « Friday wear » ne choquerait personne, nous étions à la veille de l’été, et j’imaginais aisément que l’on ne ferait pas appel à moi pour des réunions dans les hautes sphères de l’entreprise avant longtemps.

 

Le 07 juin au matin à 09h30 j’ouvrais la porte de mon bureau. J’allais y passer les douze derniers mois de ma vie active.

 



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