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A la suite de mon premier cancer j'avais essayé de rédiger une sorte de "journal" qui racontait mes états d'âmes sur cette maladie. J'avais voulu en faire un livre mais je n'ai pas réussi à faire publier ma prose. j'ai donc décidé de vous la livrer en l'état par "paquet" de 20 pages à chaque fois. Il va de soit que ce récit est le mien et est protégé par le "copyright" de rigueur..... Mais qui oserait plagier, à l'heure où je suis atteint d'une deuxième affection du même type, faire commerce de ce type de récit?...


Non, cela n’arrive pas qu’aux autres…

 

Mon premier Cancer et moi…

 

 

 

 

Pour des raisons évidentes de confidentialité, les noms de certaines personnes citées dans ce récit, ainsi que certains lieux ont été changés.

 

 

 

A ma femme,

à mon fils,

à mes petits enfants,

 


Le Cancer…  une fatalité ?

 

  Cancer du sein, du poumon, leucémies, cancer du larynx, des ovaires, des intestins. Tumeurs osseuses... ,  La liste est longue et il serait vain de citer ici toutes les formes de cancers recensées et connues à ce jour. Nous pouvons, par contre, nous poser une simple question : Le « Cancer » est il une fatalité pour toutes celles et ceux qui souffrent aujourd’hui de cette maladie? ….

 

  Durant les longs mois de mon traitement, j’ai bien évidemment croisé beaucoup de gens, jeunes et moins jeunes, atteints eux aussi par un cancer, sous toutes ses formes. J’ai également fréquenté régulièrement les forums spécialisés sur le Web, et échangé, parfois jusqu’à très tard dans la nuit (on a beaucoup de difficultés à dormir lorsque l’on a un cancer, car la nuit vous laisse seul avec vos angoisses…..). Et je suis hélas arrivé à la conclusion qu’il n’y avait aucune « égalité des chances » face à cette maladie.

 

  Je me souviens également d’une discussion sur le sujet que j’avais eu avec un ami quelques années auparavant (j’avais alors à peu près quarante cinq ans) et qui me disait :

Tu vois… nous sommes huit autour de cette table…. Et bien dans les 10 ans qui viennent, il y en aura au moins trois qui auront un cancer… 

 

  A l’époque j’avais souri, et souligné qu’il ne fallait quand même pas être à ce point pessimiste, avançant des arguments sans aucune valeur, et avec la conviction que de toute façon cela ne me concernait pas, puisque à l’époque j’étais persuadé d’être invincible et protégé de tout par ma bonne étoile….

  Depuis cette conversation, son épouse qui ne fumait pas, est morte d’un cancer du poumon, et moi je suis aujourd’hui traité pour un cancer de la gorge ! .

 

  Terrible prémonition ! Qui sera le prochain autour de la table ? .

 

  Il est bien entendu évident qu’une bonne hygiène de vie est importante, et  qu’au-delà  d’un certain âge il est fortement recommandé de faire procéder régulièrement à des examens tels que coloscopie, radio pulmonaire, mammographie, analyse de sang, etc.…  car cela augmente considérablement les chances de « passer au travers » ou tout au moins de prévenir le pire dès le début de quelque chose.

  Le dépistage précoce fait aujourd’hui partie de notre quotidien et toutes les campagnes menées dans ce sens ne sont  tout simplement que du bon sens.

 

   Malheureusement ce que je voyais autour de moi m’obligeait à tirer de tout cela une conclusion plutôt pessimiste : C’était un peu comme un coup de dé. On avait de la chance ou l’on n’en avait pas.

 

  De mon point de vue, je pense que nous ne sommes donc absolument pas égaux devant cette maladie, et si certains ne méritent pas le cancer dont ils sont atteints, d’autres, comme moi n’ont rien fait pour l’éviter ; pire même : ils ont consciencieusement préparé le terrain pour le développer un jour ou l’autre.

  A l’inverse certains autres qui auront tout au long de leur existence brulé la chandelle par les deux bouts, traverseront les décennies sans aucun problème et mourront un jour de leur belle mort, si tant est que la mort puisse être belle, dans leur sommeil, et sans jamais avoir mis les pieds dans un hôpital… ! .

 

  Je me souviens aussi  que lorsque l’on me faisait remarquer que je fumais trop, et que j’arrosais un peu trop copieusement mes repas, je me contentais d’éluder « le problème » avec un grand sourire satisfait, mais au fond de moi, une toute petite voie encore très lointaine et diffuse,  essayait de me persuader qu’ils avaient raison.

 

   A l’évidence, personne n’est pressé de tomber malade, ni de mourir, ou encore de s’entendre dire un jour : « Vous avez une tumeur. » Certains, atteints de cette terrible maladie, n’ont manifestement pas mérité ce qui leur arrive, d’autres oui. Pour les premiers, peu nombreux il est vrai, on peut parler de malchance, pour les autres, ceux là ont plus ou moins « mérité » ce qui leur arrive. Je n’ai donc aujourd’hui aucune honte à avouer que j’appartiens à ces « autres ».

 

   C’est pour tenter de faire comprendre à celles et ceux qui seraient tentés de faire les mêmes erreurs que moi, et expliquer que personne n’est indestructible, que j’ai décidé de me raconter sans aucune indulgence, et sans me chercher d’excuse.

Maintenant je sais que c’est quand on est jeune et solide – mais hélas insouciant -  que l’on met à mal le capital santé qui nous est donné par la nature à notre naissance. Mais c’est quand on l’a perdu que l’on mesure à quel point elle était importante.

 

  J’ai donc décidé d’écrire ce témoignage, et  de raconter comment j’en suis arrivé là, malgré les multiples mises en garde de mes proches. Mes parents d’abord, ma femme et mon fils ensuite, et pour terminer celles de tous ceux qui voyaient bien que j’étais en train de préparer consciencieusement le terrain à un futur problème majeur! .

 

   J’étais ce que l’on nomme communément un « bon vivant », toujours prompt à tirer sur mes réserves et à abuser des « bonnes choses »… du moins c’est ce que l’on croit quand on est jeune. Je sais depuis, que l’on peut vivre « autrement » tout en s’amusant autant, voire d’avantage, mais en préservant sa santé et sa joie de vivre.

 

   J’ai cru, comme beaucoup le croient aujourd’hui, que la maladie ne touche que  les autres, j’ai cru aussi que j’étais plus fort que ces autres, bref, je me suis pris pour un de ces héros auxquels rien de fâcheux n’arrivera jamais.  Le retour sur terre fut brutal car bien évidemment je n’avais aucun des supers pouvoirs de  ces super héros auxquels nous nous plaisons à nous identifier quand nous sommes enfants. Le choc de ce retour aux réalités de la vie m’a très vite remis les idées en place……Mais un peu tard ! .

 

   Pour autant, il ne sert à rien de se lamenter, de se chercher des excuses ou encore avoir des regrets tardifs et inutiles : J’ai parfaitement conscience d’être le seul responsable de ce qui m’arrive, et il me faut maintenant relever le défi et tenter de réparer ce qui pourra être réparable. Une autre vie commence, mais celle là je ne l’avais jamais imaginé même dans mes pires cauchemars…

 

Je ne suis donc plus maître de mon existence, ni de ma santé,  ni même de ma vie. Je n’ai pas d’autre alternative que celle de faire confiance  à la science  et à la médecine pour être soigné, avec les moyens dont ils disposent, et les connaissances qui sont les leurs aujourd’hui.

 

 




Les origines du « Mal » :

 

 

   Mon histoire d’amour avec la cigarette, et le mot est faible, a commencé à l’aube de mes onze ans au Lycée.

   Nous étions en 1960, et à cette époque là tout le monde fumait, du Président de la République, à l’ouvrier en passant par le Censeur du lycée, les profs, les pions, le surveillant général, bref, tout le monde se promenait la cigarette au coin des lèvres, et même ceux qui auraient du être un exemple pour moi : mes parents.

   Ce Lycée était celui dans lequel je venais d’entrer en sixième pour entamer  une longue période d’internat et, en principe, de brillantes études.

   Cette parenthèse de ma liberté était censée me conduire directement, avec succès, et sans escale au baccalauréat. Hélas, et au grand dam de ma Maman qui voulait faire de moi un brillant avocat, cette période de sept ans, qui aurait du être studieuse et sérieuse, se révéla plutôt fort amusante pour moi. Mon « internat », très à la mode dans les années soixante fut régulièrement  ponctué d’interruptions plus ou moins longues, comme autant de jours de vacances supplémentaires… pour cause d’indiscipline chronique et incurable.

   On aura deviné que les études et moi n’étions pas les meilleurs amis du monde, et que mon nom ne figura jamais sur les tablettes des prix d’excellence et autres récompenses scolaires... Je n’étais pas un rebelle au sens péjoratif du terme, mais les études n’avaient pour moi qu’un intérêt limité et je préférai m’amuser à contourner le règlement et à braver les interdits plutôt qu’à passer des heures sur une dissertation ou un devoir de Mathématiques.

 

  Comme beaucoup de jeunes « pré adolescents » du début des années soixante, je me suis mis à fumer, d’abord pour essayer, mais surtout pour faire comme les grands.

   Au lycée que je fréquentais, les « grands » donc (terminales, premières et secondes), disposaient alors  d’un « foyer » où ils pouvaient écouter de la musique, jouer au ping-pong, lire « Play boy », mais aussi et surtout s’encrasser impunément les bronches et les poumons avec la bénédiction du règlement intérieur de  l’établissement… et de l’Education Nationale.

   Attitude inenvisageable de nos jours, de nombreux professeurs fumaient aussi dans les salles de classe. J’ai notamment en mémoire un excellent Prof de Français et de Philosophie, passionné par les Cathares (le Lycée en question se trouvait à Carcassonne !), qui fumait la pipe durant ses cours. Il avait même autorisé les élèves de Terminale à en griller une s’ils en éprouvaient le besoin, lorsqu’ils étaient en cours avec lui.

   Une telle attitude aujourd’hui provoquerait le renvoi immédiat du professeur, et ferait la première page des journaux télévisés de la mi-journée et de la soirée.

 

   Les plus jeunes, comme moi, devions donc nous ingénier à trouver quelques endroits, comme les toilettes, des recoins dans les vastes couloirs de l’établissement, ou encore dans les angles morts de la grande cours de récré, pour satisfaire ce qui n’était pas encore un vice, mais juste une provocation à l’ordre bien établi. Tous ces endroits étaient très vite transformés, entre les cours, en fumoirs improvisés.

   C’était aussi, il faut bien l’avouer,   pour nous prouver à nous-mêmes que nous étions plus rusés que le surveillant général, qui traquait sans relâche les (trop) jeunes fumeurs, pour leur administrer quelques coups de pieds au derrière, assortis de nombreuses heures de colle les jeudis et dimanches.

   Ces parties de cache-cache nous amusaient beaucoup, et ce n’étaient pas les quelques heures de retenue récoltées, quand il arrivait que l’on se fasse prendre, qui pouvaient nous inciter à cesser ce petit jeu du chat et de la souris.

 

   Ce « passe-temps » venait, sur l’échelle des valeurs, juste après celui qui consistait à faire le mur à chaque occasion qui se présentait aux seules fins d’aller draguer les filles rue de la gare ou dans les faubourgs de la Cité de Carcassonne…. Beaucoup moins bien fréquentés que le centre ville.

 

   Ecouter « Salut les copains » sur les petits transistors portables cachés dans les poches de nos blouses (forcément grises à l’époque…) pendant les heures d’études, fumer des clopes en cachette pour éprouver ce délicieux frisson que procurait l’interdit, et faire le mur étaient donc nos trois occupations préférées…. Loin derrière venaient les dissertations et autres versions ou thèmes d’anglais et d’espagnol. De plus comme il était acquit depuis fort longtemps que Pythagore et moi ne serions jamais des amis intimes, il fallait bien que je passe le temps !!

   Les années de mon adolescence se déroulèrent  ainsi, et chaque rentrée me rapprochait du foyer  des Grands. Lorsque je fus en seconde, j’eus enfin le droit d’aller fumer sans avoir à craindre les foudres d’un « pion » ou du « surgé » qui pendant de longues années m’avaient copieusement pourri la vie.

 

   Il était maintenant habituel pour moi d’avoir en permanence dans mes poches de blouse un ou deux paquets de cigarettes, d’abord des « Disques bleus » (filtre), et puis ensuite des « Gitanes » (sans filtre).  Se sont d’ailleurs ces dernières qui allaient m’accompagner fidèlement durant les quarante prochaines années de ma vie de fumeur, contribuant ainsi largement à la lente, mais inexorable dégradation de ma santé.

 

   Personne ne m’a jamais obligé à allumer ma première cigarette. A l’origine, je crois que je me suis mis à fumer plus par curiosité et par défi que par goût véritable, juste pour voir comment c’était, et éprouver le frisson de l’interdit. L’habitude étant prise, ce qui était au départ un simple jeu est devenu, sans même que je m’en rende compte, une habitude, et je n’ai jamais arrêté. Inconscience, bêtise ? … probablement les deux, mais certainement aussi dans ces années soixante, à cause d’un manque de connaissances sur les méfaits du tabac, lesquels n’étaient pas encore dénoncés.

 

   Après avoir lamentablement échoué au Baccalauréat, et décidemment pas copain du tout avec les études, j’ai émis, à l’occasion d’un week-end passé en famille, le souhait d’interrompre mon internat au Lycée pour commencer à travailler afin de gagner ma vie…. A ma grande surprise, mes parents, qui commençaient à en avoir un peu assez de cet adolescent un peu turbulent, accédèrent  sans trop de difficultés à ma demande.

   Il y avait pourtant un obstacle de taille entre moi et mon premier salaire : Il fallait d’abord que je sois libéré de mes obligations militaires ! …

   Ceux de ma génération (et celles d’avant) savent qu’à cette époque, l’Etat, et au premier chef l’Armée, offrait à tous les jeunes hommes qui donnaient seize mois  de leur vie à la patrie…. Une cartouche de « troupes » (en fait des cigarettes « brunes » bas de gamme) chaque quinzaine, avec la solde !! Je suis donc rentré de mon service militaire, sous-officier, mais surtout encore plus intoxiqué qu’avant, et ce qui était beaucoup plus grave : totalement dépendant du tabac ! Ma vie de fumeur avait donc réellement commencé sous les drapeaux, et allait me mener jusqu’au cancer contre lequel j’allais devoir me battre quelques décennies plus tard.

 

   J’ai donc, en ce mois d’octobre 2005, cinquante six  ans et quelques mois, et je fume « régulièrement » depuis mes seize printemps, et de façon intensive depuis l’âge de dix huit ans, c’est à dire depuis presque quarante ans… Je suis marié, père d’un grand garçon de  29 ans,  qui, au terme de brillantes études dans une prestigieuse Ecole de Commerce parisienne, est naturellement promis à une très belle carrière.

 

   Cadre dans une grande compagnie aérienne, dans laquelle j’ai exercé à, la fin de ma carrière, au sein d’un département informatique & nouvelles technologies, un métier passionnant, je n’ai jamais connu de période de chômage. Ma femme, mon fils et moi avons fait de très beaux voyages, et même si parfois les fins de mois étaient un peu difficiles, nous sommes régulièrement partis en vacances deux à trois fois par an.

   J’ai donc eu, jusqu’à ce jour, ce qu’il est convenu d’appeler une vie heureuse. Jamais je n’ai cessé de m’occuper de ma petite famille qui n’a jamais manqué de rien.

 

   Lorsque j’ai appris que j’étais malade, j’avoue ne pas avoir pensé tout de suite à en parler ouvertement autour de moi, et encore moins d’écrire ce témoignage. Le monde des hôpitaux, des malades, et de ceux qui les soignent,  m’étaient alors totalement inconnus.

 

   Tout au long de ma vie, et comme beaucoup d’autres hélas, il m’est certainement arrivé, sans le savoir, d’approcher des personnes atteintes d’un Cancer ou souffrant de ce que l’on appelle pudiquement  une « longue et douloureuse maladie ».

   Il est d’ailleurs très bizarre de constater, que dans la plupart des cas, ces malades cachent leur maladie comme s’il s’agissait d’une chose honteuse, peut être susceptible à leurs yeux – et c’est malheureusement souvent vrai -  de provoquer un rejet ou encore une mise à l’index d’une société toujours prompte à mettre de côté les gens différents.

 

   Depuis tout jeune, et d’un naturel plutôt enjoué, j’avais toujours mis dans ma poche avec mon mouchoir par-dessus, tous les petits problèmes de la vie de tous les jours,  qui gâchent beaucoup de grandes et belles  choses. Toujours cette assurance qui me faisait  croire que j’étais invincible et à l’abri de tout… même du pire.

   A l’annonce de cette « tuile » qui cette fois me concernait directement, j’ai tout de suite sue que cela serait  trop lourd à porter seul, et que garder ça pour moi serait une grossière erreur.

La première chose que nous avons donc fait, mon épouse et moi fut de prévenir nos familles respectives bien sur, mais aussi nos amis proches ou moins proches, et toutes les personnes que nous serions amenés à fréquenter ces prochains mois...

 

  C’est à la suite de cette première étape que, j’ai ressenti le besoin de raconter mon histoire en écrivant ce livre, persuadé que cela m’aiderait moi-même mais aussi que ce témoignage, pourrait peut être en aider d’autres.

   Ce récit, est aussi une sorte d’exutoire en forme de confession de mes erreurs passées. Pour autant, il ne s’agit nullement d’une auto-flagellation de ma part ni, comme je l’ai déjà dit d’une quelconque recherche d’excuses, valables ou non.

   J’ai conscience d’être le seul responsable de ce qui m’arrive, et même si j’ai quelques regrets – qui n’en a pas ? - je ne renie aucun évènement de ma vie passée, laquelle ne me laisse aujourd’hui, même si cela peut paraître incongru en de telles circonstances, que de bons et beaux souvenirs.

 

   Beaucoup d’ouvrages ont déjà été écrits sur le Cancer, et chaque récit, bien sur différent, est celui d’une vie brisée, parfois écourtée de plusieurs dizaines d’années, et aussi celle d’une famille dévastée.

 

   Plus que des informations glanées sur Internet, simplement pour améliorer sa culture générale, lire un témoignage c’est déjà se mettre un peu dans la peau de celui qui l’a écrit. Lire c’est s’intéresser au problème, et donc déjà le prendre en compte, même si c’est superficiellement.

   La prise en compte d’un problème c’est aussi essayer de le comprendre pour pouvoir l’éviter, voire le résoudre. J’espère du plus profond de moi-même apporter par ce témoignage, ma toute petite pierre à l’énorme édifice qui une fois terminé permettra de stopper, voire de faire reculer cette terrible maladie.

 

   Parler de soi sans complaisance et essayer de rester objectif n’est pas une chose aisée. Raconter sa propre maladie sans tomber dans le mélo larmoyant est encore plus délicat.

   Décrire  les premiers signes de la maladie, raconter les multiples mais nécessaires examens de toutes sortes, la chimiothérapie, la radiothérapie, les endoscopies régulières, la peur de l’intervention chirurgicale toujours possible, suspendue comme une épée de Damoclès au-dessus de votre tête, le premier scanner de contrôle, puis tous les autres.

   Les peurs paniques, bien entendu aussi soudaines qu’imprévisibles, qui réveillent en sursaut au beau milieu de la nuit. Les périodes d’insomnie, les moments d’euphorie, souvent suivies par les doutes, toujours plus nombreux et plus fréquents.

   Tous ces sentiments, diffus et contradictoires à la fois, et qui surviennent sans crier gare, sont bien évidemment les mêmes chez chaque malade, mais que chacun exprime et ressent de façon différente.

   Moi, j’ai décidé de faire confiance à la vie, et de transformer en énergie positive tous les événements – heureux ou anodins - survenant dans mon entourage, et cela même si je sais que les mois à venir vont souvent être plutôt sombres que lumineux.

   Pour le reste je m’efforcerai de gérer le quotidien avec ce qui me restera de force et de lucidité.

 

   Bien évidemment, j’aurais préféré ne jamais avoir à raconter cette terrible affection dont le seul nom évoque pour la plupart des gens une longue et douloureuse fin de vie. Il faut pourtant savoir, et c’est un espoir immense pour tous les malades, que grâce aux progrès de la recherche, de la science et de la médecine, on guérit aujourd’hui beaucoup plus de cancers que ces dernières années, et chaque jour qui passe voit naître de nouveaux traitements toujours plus efficaces… et un peu moins pénibles à supporter.

Quelques chiffres significatifs (Source :

www.Sante-medecine.commentcamarche.net):

aujourd’hui, tous types de cancers confondus, on « guérit » plus de 50 % des malades atteints par cette maladie, et pour certains des guérisons presque totales (cancer des testicules par exemple)

Un homme sur deux et une femme sur trois sont concernés (la fréquence du cancer a été multipliée par 4 en 10 ans chez les femmes de 35 à 45 ans…)

Le tabac est la principale cause de la maladie avec, en l’an 2000 :  29 000 morts, soit 33.5% des décès par cancer chez l’homme, et 5 500 morts chez la femme, soit 10%

Près de 8 millions de personnes meurent du cancer dans le monde chaque année.

 

   Bien sur ces chiffres font froid dans le dos, mais même si le Cancer reste dans le monde la cause principale de décès (devant le sida, le paludisme et la tuberculose réunis…), il vous arrivera de plus en plus souvent de croiser dans votre vie d’anciens malades du Cancer qui s’en seront sortis grâce aux progrès constants de la recherche et de la médecine. Pour autant, ces avancées ne doivent pas faire oublier que le cancer est une maladie très grave et que si certains cancers se guérissent aujourd’hui d’autres, tel que le cancer du poumon par exemple, sont encore mortels dans la majorité des cas….

   Aurais-je donc encore droit à une chance pour réparer toutes mes erreurs ? A cette question là je ne peux pas encore répondre…. dans quelques années peut être…

 

   Je ne détiens bien entendu aucune vérité et n’entends surtout pas m’ériger en donneur de  conseils ou leçons de morale. Simplement, si mon histoire peut aider à la prise de conscience de quelques-uns uns…. Mes erreurs passées auront alors servi à quelque chose.

 

   Sachez enfin, que ce que vous endurerez en vous arrêtant de fumer avant qu’il ne soit trop tard, ne sera rien en regard de ce que vous risquez de subir physiquement et psychologiquement. Le mieux est encore de ne jamais commencer… . C’est sans aucun doute un lieu commun que de dire cela, mais il est probable que si vous allez jusqu’à la fin de ce livre, vous n’aurez certainement pas envie de fumer… après !


Ce jour là……..

 

   Nous sommes le 18 octobre 2005, j’ai un peu plus de cinquante six ans. Dehors il fait beau. Une de ces belles journées d’automne comme on en voit beaucoup à cette période de l’année en Ile de France.

   Les Parisiens profitent des derniers rayons de soleil et de la douceur de cette arrière saison avant d’affronter l’hiver, toujours éprouvant et fatiguant pour les organismes, surtout dans les grandes villes. La rue est pleine des rires et des cris des enfants tout juste sortis des écoles et Lycée, et collèges voisins.

   Moi, bien loin de toute cette agitation joyeuse, je suis assis à mon bureau, le visage blême, les yeux mouillés de larmes, la tête vide sans arriver à mesurer l’ampleur de ce que je viens d’apprendre… . Juste l’envie de pleurer.

   Une angoisse terrible me noue l’estomac à me faire mal. Je  savais que maintenant il allait falloir  apprendre à vivre avec cette sensation et cette peur diffuse qui fait que l’on ne sent jamais complètement détendu.

   L’écran de mon ordinateur me renvoie l’image de la page d’accueil d’un forum sur lequel j’ai l’habitude d’aller échanger des avis sur le Golf avec quelques copains, qui comme moi pratiquent ce sport. D’habitude très enclin à réagir aux nombreuses interventions des uns et des autres, je n’avais ce jour là ni l’envie, ni ne trouvait les mots pour répondre aux sujets proposés.

   Je revenais tout  juste d’une consultation chez un ORL du quartier qui venait de m’annoncer que j’avais une tumeur dans la gorge, et que les perspectives envisagées à court et moyen terme n’étaient pas des plus réjouissantes bien au contraire ! Sans m’annoncer formellement que cette tumeur était cancéreuse, il n’avait pas laissé beaucoup de place à l’optimisme et m’avait sur-le-champ obtenu un rendez-vous en urgence avec un de ses confrères, professeur dans un grand Hôpital parisien.

 

   Cette catastrophe, somme toute prévisible dans mon propre cas, avait prit la forme d’une tumeur accolée aux cordes vocales côté gauche et qui commençait à déborder sur le larynx.  Le Docteur Floriandre n’avait pas été catégorique mais je savais déjà que j’allais devoir faire prolonger mon arrêt de travail, et que ce n’était pas demain la veille que j’allais pouvoir  retourner travailler !

 

   Le regard fixé sur un point imaginaire, je voyais défiler à une vitesse vertigineuse, et dans le désordre, les évènements de ces derniers mois. Les dernières vacances en Bretagne, mes multiples déplacements professionnels en France et à l’étranger, mes derniers parcours de Golf….

 

   J’avais du mal à remonter le temps de façon cohérente,  mais j’essayais malgré tout, de trouver où, quand, et comment les premiers symptômes étaient  apparus.

   Aurais-je pu m’en apercevoir plus tôt ? Une tumeur de ce type ne pousse pas comme cela en quelques jours ! J’ai forcément eu des symptômes, des petites choses comme des douleurs dans la gorge qui auraient du m’alerter et m’inquiéter !.

Peu à peu j’arrivais à remettre un peu d’ordre dans mes idées, et j’étais à présent presque certain que le point de départ « visible » de tous mes ennuis se situait en mai 2005, c’est à dire quelques mois plus tôt de la même année. Nous étions alors à Menton dans les Alpes maritimes pour passer quelques jours de vacances.

 



Menton (Alpes Maritimes), mai 2005

 

   Comme tous les ans, à cette saison, nous passions, ma femme et moi, une dizaine de jours à Menton, charmante petite station balnéaire de la côte d’azur accolée à l’Italie toute proche, entre mer et montagne.

   Bien que mon père y habite également, nous trouvions plus pratique de louer un petit studio dans une résidence du bord de mer. Nous procédions de la sorte depuis le décès de ma mère disparue prématurément quelques années plus tôt d’un cancer aux ovaires, et qui avait très vite dégénéré.

   Mon père, (qui en fait était mon beau-père, mais c’est lui et ma mère  qui m’avaient élevé après le divorce de mes parents lorsque j’avais quatre ans), avait quatre vingt trois ans, ses habitudes, ses horaires, etc. Nous ne voulions pas perturber sa petite vie bien organisée, et Il était donc beaucoup plus pratique pour tout le monde d’être chacun chez soi. Tout ceci, bien évidemment, ne nous empêchait pas de nous voir régulièrement, pour l’apéritif, ou encore pour déjeuner, diner, ou tout simplement pour  passer un moment ensemble en compagnie de mes frères et sœurs installés eux aussi dans la région.

   Depuis quelques jours déjà, j’étais un peu fatigué, et j’avais surtout depuis la veille un mal de gorge persistant. Certes, ce n’était pas la première fois que j’avais mal, mais il s’agissait là d’une douleur plus aiguë et surtout bien localisée. Sans m’inquiéter plus que cela, j’avais attribué ce petit bobo à la climatisation de l’avion qui nous avait amené de Paris et, ou celle de la voiture que nous avions loué à l’arrivée à l’aéroport chez Hertz.

   D’un naturel plutôt optimiste, qui frisait parfois l’inconscience, je ne prêtais d’ailleurs pas plus d’attention que ça à cette petite douleur sans importance, bien décidé à profiter pleinement de notre court séjour sur la Côte d ‘Azur. Et puis comme depuis très longtemps, et à cause des cigarettes j’étais devenu un bronchiteux chronique, cela pouvait aussi provenir de là… .

 

   Il faisait un temps splendide. Un soleil radieux brillait dans un ciel sans nuage et la température extérieure n’avait rien à voir avec la grisaille et la pluie fine, froide, pénétrante et poisseuse que nous avions laissé derrière nous en partant d’Orly. Nous avions l’impression d’avoir quitté un monde en noir et blanc pour arriver, moins d’une heure et demie plus

tard, dans un univers plein de couleurs, et de bonnes odeurs.

   Nous étions en milieu de semaine et j’avais prévu d’aller rejoindre un ami, monégasque d’adoption, pour faire 18 trous avec lui sur un des plus beau golf de la région, le Golf de Saint-Donat, sur la route de Grasses.

   Mon mal de gorge ne me quittait toujours pas et je me maudissais à chaque instant d’avoir été aussi imprudent, d’autant que ce n’était pas la première fois que j’attrapais froid dans un avion….

 

   J’avais donc rejoint Guillaume, c’est son nom, au club house du Golf. Le ciel était d’un bleu magnifique, de ce bleu que l’on ne peut voir que dans le sud est de la France. Il faisait à peu près 20 degrés, température idéale pour jouer 18 trous Une petite brise toute douce transportait des arômes de thym et d’herbe fraîchement coupée. Il était évident que rien  ne viendrait jeter un peu d’ombre sur cette très belle journée !

 

   Le parcours avait tenu ses promesses et ce fut un vrai régal que de jouer entre pins parasols et garrigue sur des fairways impeccables et des greens particulièrement roulants et bien entretenus. Pour rendre cette journée encore un peu plus belle, il n’y avait presque personne sur le parcours, et nous avons donc pu jouer à notre rythme, sans trainer, mais sans courir non plus. Le score final n’avait aucune importance (je n’avais pas vraiment bien joué), nous avions passé presque cinq heures en pleine nature, sous le soleil, et cela suffisait à mon bonheur.

 

   Il est de coutume, après un parcours de Golf, de s’accorder une petite halte au Club house, endroit que les golfeurs nomment avec humour, le 19ème trou. C’est généralement là que l’on refait le parcours, commentant souvent avec humour les bons et les mauvais coups.

   Guillaume et moi n’avons bien évidemment pas dérogé à la règle et c’est à l’ombre bienfaisante d’un Parasol, et sur la terrasse qui dominait le green du trou final, face à un magnifique plan d’eau, que nous avons savouré une bonne bière bien fraîche.

 

   Depuis quelques jours, et à chaque fois que j’avalais un liquide un peu trop froid, je ressentais une vive douleur dans la gorge du côté gauche, comme si j’avais une belle angine et les muqueuses de la bouche enflammées.

   J’avais demandé à ce que l’on me chauffe un peu le verre avant de me servir ma bière. Par ce temps, et avec la température qu’il faisait ce jour là, ma demande avait paru un peu incongrue, et le garçon qui nous avait servi m’avait d’ailleurs regardé d’un drôle d’air lorsque j’avais formulé cette requête… . Malgré cette petite précaution, chaque gorgée me faisait grimacer tellement la douleur était forte. C’était un peu comme si j’avalais des épingles.  Guillaume avait remarqué ma gêne et s’était inquiété de savoir si tout allait bien. Je l’avais rassuré, indiquant que c’était juste un petit coup de froid sans aucune gravité…. 

 

(La suite demain dans une nouvelle page...)

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          Bonjour, Paul est mon "pseudo" et aussi mon prénom. 62 ans, retraité, Grand père de deux petits enfants qui sont le soleil de ma vie, j'habite Paris dans le XVème arrondissement. La photo est une toute nouvelle passion, à laquelle je m'adonne avec  une frénésie presque compulsive. Amateur autodidacte j'essaie de faire partager au plus grand nombre possible ce que la nature nous offre de plus beau et que nous ne voyons pas toujours. J'utilise pour ce faire, un réflex canon EOS 450D.

      Les photos de ce blog sont ma propriété, il est donc interdit, sauf autorisation de ma part, de les copier, reproduire, imprimer et utiliser pour quelque motif que ce soit.

brassens fleur orange     biches evreux 003     cygne noir02     tourterelle     coucher soleil 01

Vous pouvez également consulter le Blog que je suis en train de construire "au cas où". Attention ! Ce nouveau Blog est uniquement en "test", le blog de référence restant le Blog publié sur OB (ce qui ne vous empêche nullement de donner votre avis si vous le souhaitez, bien entendu! Bonne journée / Paul


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