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Visite de contrôle :

 

  J’avais beau me dire que mon dernier scanner était bon, je ne pouvais m’empêcher d’être inquiet alors que j’attendais mon tour devant la porte du cabinet de consultation ORL de l’hôpital Pompidou.

   Le récent coup de fil du professeur Delcaurre et sa teneur m’avaient cassé le moral, et c’est très tendu que je me suis levé à l’appel de mon nom.

   Cette fois là, j’avais demandé à ma femme de m’accompagner, en lui faisant promettre de me laisser parler, de façon à ne pas reproduire le malentendu de la dernière fois.

 

   On m’expliqua qu’en effet ma tumeur réagissait très bien à la chimiothérapie et même au delà de toute espérance. Cette nouvelle eut pour effet de me détendre un peu mais, je n’en montrais rien.

   J’eus bien entendu droit une nouvelle fois à une endoscopie, sous l’œil attentif de deux externes auxquels le professeur Delcaurre expliquait ce qu’il voyait, pourquoi, comment, etc. Ce fut finalement bénéfique car je suis persuadé que si ils n’avaient pas été là, je n’aurai pas eu de sa part et de façon spontanée le dixième des informations qu’il venait de leur donner.

   L’examen endoscopique terminé il me pria de m’asseoir, et tout en annotant mon dossier, me dit :

Comme vous venez de l’entendre, votre traitement a été efficace. Il marqua un léger temps d’arrêt puis continua : Afin de vous donner le maximum de chances de guérison, nous allons devoir faire une séance de chimiothérapie supplémentaire, et à l’issue de celle-ci vous aurez deux options…

 

 

   L’annonce d’une troisième séance de chimio me fit l’effet d’un coup de massue. Adieu l’espoir de retravailler dans l’immédiat, bonjour les nuits courbé en deux sur les toilettes à vomir de l’acide….. Pour la forme, et présageant déjà de sa réponse, je posais quand même la question :

 

- Je suppose que si vous préconisez cette solution docteur, c’est que c’est indispensable ?

 

   Il leva à peine la tête de mon dossier pour me répondre mi-figue, mi-raisin :

 

- Mais Monsieur Bonnet, vous n’êtes obligé à rien du tout ! Je ne peux pas vous contraindre à vous soigner. Si vous ne voulez pas faire cette séance supplémentaire, c’est votre droit. Mais si telle est votre décision il faut que vous compreniez que vous obérez vos chances de rémission, voire de guérison….

 

   Il marqua un nouveau temps d’arrêt, avant de continuer, les yeux toujours sur mon dossier :

 

A l’issue de cette ultime séance de chimiothérapie vous aurez deux options : L’opération qui suppose une ablation partielle de la zone malade pour éviter tout risque de récidive, ou alors des séances de radiothérapie.

 

 

Il leva alors la tête et me regarda, enfin, droit dans les yeux :

 

Si vous choisissez l’opération vous avez deux chances sur trois d’arriver à une guérison, mais il faut vous décider rapidement car il y a une longue liste d’attente. Avec la radiothérapie, le taux de réussite tombe à une chance sur trois d’arriver au même résultat. La décision vous appartient donc en toute connaissance de cause.

 

 

   C’était net, et pour résumer, j’étais prié de prendre rapidement la décision de me faire opérer !.

 

   Une décision comme celle-ci ne se prend pas à la légère, et à la question de savoir comment allait se passer cette éventuelle opération et des risques qu’elle représentait, il me répondit :

 

C’est une intervention relativement courante, pour des pathologies semblables à la votre, et qui a fait ses preuves. Il prit quelques secondes avant de poursuivre : - L’intervention en elle-même dure deux à trois heures. Vous serez plusieurs jours sous trachéotomie, et l’on vous posera également une sonde nasale qu’il faudra conserver quelques temps. L’hospitalisation dure environ 3 semaines. Les complications connues sont, dans certains cas, l’impossibilité pour le malade, de se réalimenter. Dans ce cas, relativement peu fréquent, on est alors parfois, obligé de pratiquer une ablation totale du Larynx…. 

 

 

   Je l’avais écouté attentivement, et je n’arrivais pas à m’enlever de la tête cette possibilité d’une complication qui ferait de moi un infirme, incapable de parler normalement et devant respirer par un trou percé dans mon cou.

   Cette éventualité représentait pour moi l’horreur absolue, et ma décision fut prise en quelques secondes : Je ne me ferai pas opérer, et j’optais donc pour la radiothérapie sachant déjà que cela n’allait pas être une partie de plaisir.

Je n’étais donc pas au bout de mes tourments, mais entre deux maux, je pensais choisir celui que je croyais être le moindre…

 

   Ma femme qui n’avait rien dit jusqu’alors se tourna vers moi et m’adressa un petit sourire timide. Je lisais dans ses yeux qu’elle était de mon avis et partageait ma décision. Cela me réconforta beaucoup.

 

Et pour votre ganglion malade ?….

 

   Comme j’avais opté pour la radiothérapie, il me semblait évident de ne pas précipiter cette autre intervention, mais je posais quand même la question :

 

Puisque l’on va me faire des séances de rayons dans la zone de ce ganglion, et que, si j’ai bien compris ce que vous m’avez expliqué, il n’y a pas d’urgence, on peut certainement attendre et voir si ce ganglion ne sera pas brulé à la fin du traitement… puisqu’il est situé dans la zone « critique ».

 

   J’ai cru voir dans son regard un très court instant, qu’il n’était pas ravi du choix que je faisais, et que selon lui j’avais beaucoup plus de chances de m’en sortir en me faisant opérer, par lui bien entendu.

 

Comme vous voulez Mr Bonnet. Je contacte le service de radiothérapie pour qu’ils vous donnent un rendez-vous dès que possible, et  que vous puissiez commencer les séances de rayons… Après votre troisième semaine de chimiothérapie bien entendu.

 

    Il referma mon dossier, me signifiant ainsi la fin de la consultation. Il prit congé de nous avec cette petite phrase dite sur un ton qui en disait long quand à son avis à lui sur le choix que nous avions fait. Je suis toujours persuadé qu’il estimait que dans mon cas, une opération était nécessaire. Il ajouta avant que nous sortions de son cabinet :

 

J’espère que vous faites le bon choix  Monsieur Bonnet… Pour ma part je vous revoie trois mois après la fin de votre traitement, avec un scanner de contrôle.

 

   Cette consultation avait été très éprouvante pour mon épouse et pour moi. Sur le chemin du retour, nous étions tous les deux silencieux, et je ne cessais de penser à l’importance des décisions que je venais de prendre. Ma femme posa sa main sur la mienne et me fit un petit sourire en ajoutant :

 

Ne t’inquiètes pas… ca va aller, on va y arriver.

 

   Est ce que j’avais bien fait ? peut être aurais - je du attendre quelques jours, et prendre le temps de la réflexion ?

   Je savais que j’allais très certainement me poser souvent la question « Ais-je fait le bon choix ? » La réponse me serait de toutes les façons donnée dans quelques mois.

   Soit ma tumeur aurait disparue, soit elle serait toujours là et je serai bien obligé dans ce dernier cas de passer au bloc opératoire.

   C’est aujourd’hui, je pense, la plus grosse difficulté à laquelle sont confrontés les patients atteints d’une maladie grave auxquels on expose les solutions possibles, et à qui on demande : « comment voulez-vous être soigné ? ».

   L’époque où les médecins tout puissants et détenteurs de la vérité suprême, décidaient unilatéralement, et sans aucune possibilité de contestation, comment ils allaient vous soigner, cette époque là était révolue et appartenait au passé.

   Les malades sont donc totalement impliqués dans les soins qui leurs sont prodigués, car ce sont eux qui décident, quand il y a plusieurs thérapies possibles, de celle qu’ils veulent ou ne veulent pas.

  

   Les moyens de s’informer de nos jours sont également  multiples, même dans le domaine de la médecine. D’autre part,  les médecins eux mêmes font de gros  efforts aujourd’hui pour informer aussi précisément que possible leurs patients sur la pathologie pour laquelle ils sont soignés, ainsi que les solutions possibles et envisagées pour arriver à un seul résultat : leur guérison ! .

    Il faut aussi reconnaître à la décharge des médecins que ce n’est certainement pas tous les jours facile de tenir ce genre de discours  tout en s’interdisant de s’impliquer émotionnellement, et donc conserver un certain recul par rapport à la personne qu’ils ont en charge de soigner.

 

   Il ne m’appartient pas de dire si c’est bon ou mauvais, mais quoi qu’il en soit, c’est à cause d’un manque de confiance Patient / Médecin et d’un contact basé sur la défiance que j’avais pris ma décision, même si les éloges concernant le savoir faire et le professionnalisme  du Professeur Delcaurre étaient nombreuses, unanimes, et  très certainement justifiées.

   Peut être que si les entrevues relatives aux résultats de ma première biopsie avaient été différentes, mon choix aurait peut être été lui aussi différent.

   Qu’à cela ne tienne, j’avais pris une décision et il n’était pas question de la regretter, ni de la remettre en cause.

Tout le monde peut se tromper, faire des erreurs. J’espérais simplement que cette fois cela ne serait pas le cas et que je n’aurai pas à regretter l’option que je venais de prendre.

 

   Je devais continuer à avancer et à être confiant.

 



 Les examens « Pré radiothérapie » :

   L’annonce d’une troisième séance de Chimio m’avait quand même un peu secoué, mais fort des résultats positifs qui m’avaient été communiqués, j’avais un gros poids en moins sur l’estomac. Je savais que ce n’était pas vain et qu’en tout état de cause cela servait à quelque chose.

   Deux jours après ma dernière visite à l’hôpital je recevais au courrier une convocation du Dr Sailloux pour une consultation destinée à la fabrication de mon masque thermoformé de contention.

   Il me restait une semaine avant de reprendre la Chimio, et au lieu de continuer à récupérer j’allais devoir retourner plusieurs fois à l’hôpital pour préparer la suite. J’avais le moral en berne, et ce qui m’inquiétait encore un peu plus, c’est que je continuais à perdre du poids….

 

   Le service de radiothérapie était situé au sous-sol du bâtiment principal de l’hôpital. Il y avait là deux unités de rayons, une salle avec un scanner et une autre salle dite « salle de simulation ». C’est dans cette dernière que j’avais rendez-vous.

   Ma radiothérapeute, le Dr Sailloux, vint me chercher à l’heure dite. C’était une jeune femme assez grande aux cheveux mi longs tirés en arrière, et toujours très souriante.

   Je l’avais déjà rencontré deux fois et je ne saurai dire pourquoi mais le courant passait bien entre elle et moi. Malgré son jeune âge elle me rassurait.

   Elle m’expliqua en détail pourquoi l’on était obligé de faire une simulation avant de commencer le traitement et aussi pourquoi il était nécessaire de procéder à la fabrication de ce « masque thermoformé » en résine qui devait m’envelopper la tête et le haut du torse durant les séances de rayons.

 

   Ce masque était conçu afin que le malade ne puisse bouger la zone à irradier pendant les séances, car la réussite du traitement dépendait de la précision du rayonnement. De plus comme dans mon cas il s’agissait de la partie haute du cou, il ne fallait en aucun cas irradier la moelle épinière….sinon, très gros problèmes en vue…

 

   On me fabriqua donc « mon » masque de contention, et très vite je me rendit compte qu’il allait falloir que je laisse à la maison ma petite claustrophobie congénitale. En effet quand on m’appliqua ce « carcan », je ne pouvais effectivement plus bouger, ni la tête ni les épaules. J’étais totalement immobilisé de la tête et jusqu’au niveau du bas du sternum. Je pouvais à peine respirer normalement, et surtout je ne voyais plus rien… seul un petit orifice avait été aménagé pour laisser passer le bout de mon nez…

 

   Il fallut ensuite réaliser « à blanc » des tests d’irradiation et bien délimiter les zones à traiter. Celles-ci étaient très précisément indiquées sur le masque par les opératrices présentes, à l’aide de feutres de différentes couleurs. Cette petite « préparation » dura plus de deux heures et fut particulièrement éprouvante.

   On me demanda, avant mon départ, de passer par le secrétariat pour prendre ma fiche de rendez-vous de la première semaine de rayons.

 

   Bien que n’ayant reçu aucun traitement ce jour là, je suis sorti de cet endroit avec une migraine épouvantable et une sensation de malaise indéfinissable. L’air frais du dehors me fit le plus grand bien.

   Nous étions presque à la mi février 2006, certains jours il faisait un peu plus doux, et on pouvait déjà voir sur la haie de troènes qui me servait de repère, que les bourgeons commençaient à grossir à l’intérieur de leur petite enveloppe pointue, brune et collante.

   Quelques degrés de plus, et  les rayons bienfaisants du soleil feraient le reste. Il me tardait de voir enfin ces bourgeons exploser et  la nature se réveiller, car avec elle je sortirai enfin du tunnel dans lequel j’étais depuis maintenant presque cinq  mois !

 

Cette nuit j’ai très mal dormi. A vrai dire je n’ai quasiment pas fermé l’œil. Angoisses, terreurs nocturnes soudaines, imprévisibles et répétées, envie de se foutre par la fenêtre.

Il est 3h30 du matin, je suis seul dans la cuisine plongée dans le noir.

   Silence de la nuit seulement troublé par le ronronnement régulier du moteur du frigo, je fixe sans le voir un point imaginaire sur le placard d’en face. J’ai peur à me faire mal, j’ai mal, jusqu’à la peur.

   Je pense à ma femme, à mon fils, à ma petite fille à naître que je ne connaitrais peut être jamais.

   Que vais je laisser si je ne m’en tire pas ? Quelle image laisserai-je derrière moi ?

   Ma femme dort, assommée par une journée pleine d’angoisses que je ne peux même pas partager avec elle tellement je suis mal. Je suis un con, j’ai tout foutu en l’air à force de ne penser qu’à moi, mes clopes, mes diners en ville, mes voyages harassants mais qui me faisaient penser que j’étais  quelqu’un d’important. Foutaises !

   Pourquoi tout ça ? Que reste t’il aujourd’hui de cette vie ou le « paraître » prenait le pas sur « être » tout simplement ?…rien.

Malgré le froid que je sens à peine,  je suis torse nu.

Sous ma peau toute fripée on distingue maintenant très bien le petit tuyau qui va de mon cathéter vers la veine sous Clavière. Je n’ai plus un gramme de graisse, je suis maigre à faire peur, avec mes cernes sous les yeux, mon teint livide, et mes cheveux ternes que je ramasse maintenant par poignées le matin avant que ma femme se réveille. Je pleure tout seul comme un gosse dans cette cuisine plongée dans le noir.

Pour un peu j’enverrai tout balader et allumerai une cigarette, la dernière… avant d’enjamber le balcon. Après ? La paix,   la fin des doutes, des remords et de la souffrance….

L’enfer existe bien, je suis en plein dedans.

Tenir bon. Tenir jusqu’au bout. Tenir pour elle, pour eux.

Parvenir à  ne plus penser aux souffrances morales et physiques qui me sont imposées. Tenir et ne pas m’avouer vaincu.

Dans quelques minutes il sera 7h00 du matin, j’ai passé presque  quatre heures dans cette cuisine à me passer le film de ma vie à l’endroit à l’envers ! A quoi bon ?

J’en suis à mon troisième café mouillé d’un nuage de lait.

 Les oiseaux chantent dans les arbres de la cour d’école en face de chez nous. Cette même cour d’école où nous regardions il y a des années, trop d’années, notre fils jouer avec ses petits camarades. Cette cour d’où il nous faisait des petits signes de la main quand il nous voyait derrière la fenêtre. Une autre vie, une vie joyeuse,  pleine de rires et de gaieté. Le bonheur !

Un nouveau jour se lève tout doucement… Tout à l’heure, dans deux heures exactement je serai à nouveau à l’hôpital pour débuter ma troisième séance de chimio ! …

Du bruit dans le salon… c’est ma femme, inquiète de ne pas me voir allongé à côté d’elle qui se lève. Elle ouvre la porte de la cuisine :

Paul ?….

   Et nous tombons dans les bras l’un de l’autre…en larmes.

Courage, tu vas  y arriver….

 

    J’aurai bien voulu, mais ce matin là je ne croyais plus à rien du tout. Plus les jours passaient et plus j’avais l’impression de m’enfoncer dans un puits noir et sans fond.



Chimiothérapie, la dernière séance.

 

   J’avais beau me dire que c’était la « der des ders », j’avais du mal à me persuader moi-même que j’arriverais au bout. Ce matin là je savais que je ne pourrai pas utiliser ma voiture pour me rendre à l’hôpital. J’ai donc une fois de plus commandé un taxi….

   Fidèle à la conduite que je m’étais fixé depuis le début je refusais obstinément que ma femme m’accompagne. La préserver un tout petit peu était devenu une obsession.

   Je partais de la maison en faisant bonne figure, mais une fois assis à l’arrière du taxi je craquais le plus souvent après qu’il eut parcouru quelques centaines de mètres.

   Il m’arrivait de croiser dans le rétroviseur le regard parfois inquiet du chauffeur. Certains me demandaient si ca allait bien, d’autres ne sachant certainement pas quoi dire ne disaient rien. A ceux qui s’inquiétaient de mon état je leur disais que j’allais faire de la chimio. Généralement cela suffisait à rétablir le silence dans la voiture…

 

   Ma démarche était incertaine, et je me déplaçais avec difficulté et très lentement.

   En ce premier jour de cette troisième séance, je fus reçu par le docteur Durtout qui s’étonna de me voir une fois encore arriver tout seul, surtout quand elle constata mon état de grande fatigue.

   Je lui expliquais que c’était un choix personnel car je ne voulais pas que celle qui partageait ma vie puisse me voir dans cet état. Elle parut ne pas partager cette idée mais ne me fit aucun reproche par rapport à cette attitude.

 

Lundi, mardi, mercredi…. Les jours passaient qui me rapprochaient de la fin de ce calvaire. Hier, j’avais passé quasiment toute la nuit penché au-dessus des toilettes à vomir ma dose d’acide. J’avais la gorge en feu, mes jambes ne me soutenaient plus, et bien sur, je perdais de plus en plus mes cheveux. J’étais même étonné d’en avoir encore un peu sur la tête !

   Les yeux cernés, le teint blême et verdâtre, le regard vide, la peau chiffonnée…. Je ressemblais alors à l’image que l’on se fait de quelqu’un que l’on croise dans la rue en se disant qu’il s’agit certainement d’une personne en très mauvaise santé, et qui n’en a plus pour très longtemps ! .

   Chaque retour à la maison était un vrai calvaire. Il fallait que je m’allonge immédiatement pour ne pas tomber, et seule la volonté de ne pas souiller la moquette et le lit me faisait courir vers les toilettes.

   Le reste du temps je plongeais dans un sommeil agité rempli de cauchemars….

 

   Je ne mangeais plus que des croissants accompagnés d’un bol de café au lait, aliment que je restituais inévitablement dans l’heure qui suivait. Je n’avais plus goût à rien, chaque pas me coûtait un effort surhumain.

 

   J’étais presque certain que je n’arriverai jamais au bout de cet enfer !



L’extérieur…et le « web »

 

   Ma femme a toujours été là dans ces moments très pénibles, et de profonde détresse. Elle a su montrer, durant tous ces jours et toutes ces nuits une volonté et une grandeur d’âme pour laquelle je lui serais à jamais reconnaissant. Je ne sais si moi même, j’aurais été capable d’un tel dévouement.

   Cela faisait maintenant plus de quatre mois que je n’avais quasiment pas mis les pieds dehors ( si l’on excepte mes allers retours à l’hôpital….). Mon seul lien avec l’extérieur et la vie « normale » était Internet, et de rares fois le téléphone.

   Pour qui n’a jamais été contraint de rester enfermé pendant des mois, affaibli, moralement abattu, il est impossible de comprendre à quel point, Internet, ce vecteur de communication est important et permet de rester en contact, même virtuellement, avec l’extérieur.

   On a beaucoup décrié le Web, affirmant entre autres choses, qu’il était un outil de désocialisation. Ceci est tout à fait inexact, car dans mon cas, il m’a permis de garder un contact permanent avec la vraie vie et le monde des gens bien portants.

 

   Tout au début de ce récit, j’ai abordé le sujet du Golf que j’avais découvert un peu plus de deux ans avant de tomber malade.

   Quelques mois avant de déclarer mon cancer, j’intervenais sur un certain nombre de forums dont l’objet principal était le golf que j’avais fortuitement découvert en 2003.

   De par mon métier qui me faisait évoluer dans le milieu des nouvelles technologies, je me suis très vite passionné pour le web, cherchant à comprendre comment cela fonctionnait, supputant que l’on pouvait réunir autour d’une passion commune beaucoup de gens qui avaient certainement plein de choses à dire, mais aussi une foule d’autres choses à apprendre et à partager.

   Fort de ce constat et après avoir fait quelques galops d’essais sur quelques forums existants, j’ai à mon tour créé mon propre lieu virtuel de rencontres et de discussion.

 

   J’avais alors deux exigences :

1 – Rassembler des gens bien élevés, respectueux des autres comme ils pouvaient l’être d’eux mêmes, et qui avait une passion commune : Le Golf

2 – Eviter, dans l’espace que je projetais de créer, toute polémique, attaque personnelle, vulgarité, et publicité abusive. Je savais dès le départ que cela ne serait pas chose facile, et que pour y arriver il faudrait beaucoup de patience, de présence, et de fermeté. Cela tombait bien : J’avais un peu de temps libre.

   Un matin, après avoir mûrement réfléchi à tout ceci, j’ai trouvé sur la toile une interface agréable et conviviale. Le « Forum des gentlemen golfeurs » était né.

   Très vite les inscriptions affluèrent au delà de toute mes espérances…30, 40, 50…puis 100 personnes – hommes et femmes - prirent la décision de s’inscrire pour discuter, proposer, débattre en véritables « gentlemen » du Golf et de tout ce qui s’y rattachait. En soi cela n’avait rien d’exceptionnel, mais j’étais très heureux du résultat.

   Nous avons donc commencé à discuter d’abord de façon anonyme, bien dissimulés derrière nos « pseudos », puis très vite, le besoin de faire connaissance dans la « vraie vie » s’est fait sentir.

   Nous avons donc commencé par organiser quelques petites sorties en région Parisienne, puis  peu à peu nous avons appris à nous connaître, nous apprécier, et à jouer ensemble.

   Tout se passait très bien et nous formions un groupe réellement homogène. Il n’était pas rare d’ailleurs que nous nous retrouvions à quinze ou vingt le week-end sur un même parcours.

   Et puis je suis tombé malade ! .

   J’ai d’abord  été tenté de tout laisser tomber pour ne plus me consacrer qu’à moi et à mes problèmes de santé, mais quelque part une petite voix me disait :

« Tous ces gens sont venus à toi, ils peuvent t’aider à surmonter cette épreuve. Ne les laisse pas tomber ce ne serait pas « sport ».

 

J’ai alors décidé de continuer à dialoguer avec eux, et de faire, au tout début, comme si de rien n’était.

 

   Bien sûr je ne pouvais plus participer aux sorties golfiques et autres repas organisés dans les restaurants de la région. Je ne voulais pas que certains puissent croire que je snobais le groupe, et c’est la raison pour laquelle j’ai décidé, un matin,  de les informer de ce qui m’arrivait.

 

   Je connaissais déjà quelques personnes du groupe, mais à l’époque nous étions encore un peu éparpillés et pas très organisés. Je ne savais trop comment annoncer la nouvelle de ma maladie, de peur de plomber un peu l’ambiance, et de défaire ce lien ténu qui nous unissait les uns et les autres.

Comme pour ma famille, je n’ai pas tourné autour du pot et j’ai simplement rédigé un message simple rédigé ainsi :

« Bonjour !

« pour des raisons de santé qui ne peuvent « se résoudre que par la Chimiothérapie,  je « ne vais pas pouvoir participer à nos « prochaines rencontres pendant quelques « temps. Mais rassurez- vous, comme je vais « être chez moi en  permanence, et que je « n’aurai pas grand chose d’autre à faire, je « continuerai à papoter avec vous par « ordinateurs interposés. A bientôt donc.

 

Ce ne sont pas les termes exacts (je ne les retrouve pas….), mais l’esprit était à peu de choses près celui-là.

J’avais essayé de dédramatiser autant que possible cette « annonce », ne voulant surtout  pas me faire plaindre.

 

   Je me souviens avoir mis ce mot un soir juste avant d’aller me coucher, alors que cela faisait seulement trois ou quatre jours que je savais ce que j’avais. Plusieurs fois j’ai failli me relever pour effacer ce « mot », n’étant pas du tout certain de sa portée auprès de gens que finalement je ne connaissais que peu pour certains et pas du tout pour la grande majorité… Nos rapports étaient cordiaux, sans plus, et à l’époque, cela me suffisait amplement.

   Quelle ne fut pas ma surprise le lendemain de trouver des dizaines de messages de soutien, d’encouragement et qui m’étaient adressés comme si nous nous connaissions depuis toujours.

 

   J’avais fait la même démarche auprès d’anciens collègues de travail, et la réaction n’avait rien à voir….juste quelques réponses polies qui me souhaitaient un bon rétablissement. Décidemment le monde du travail est bien cruel.

   Aujourd’hui encore il m’arrive de repenser à cet élan spontané d’amitié, et j’avoue ne pas en revenir, même quelques  années plus tard.

   Généralement quand on traverse une période difficile, les amis proches (du moins c’est ce que l’on pense…), envoient un petit mot, voire deux, et puis le temps passant…. Le silence cède vite la place à la compassion du début. Chacun sa vie et chacun ses problèmes…. Je dois aujourd’hui faire amende honorable et avoue avec un peu de honte que j’ai cru, à tort, que ces manifestations d’amitié seraient volatiles et de circonstances.

   Loin d’être « polis » et de circonstance, tous ces messages se sont révélés être sincères et perdurent aujourd’hui encore. Pendant des mois, j’ai été inondé de cadeaux (livres, gadgets, etc…) en rapport avec le golf, et les coups de fil, les SMS, les Mails d’encouragement, les messages sur le forum me demandant des nouvelles étaient quotidiens.

   Un élan de solidarité comme jamais je n’aurai pu l’imaginer s’est créé autour de ma petite personne. J’ai vécu ces instants avec souvent des larmes dans les yeux tant j’étais reconnaissant envers tous ces gens dont, je le répète, certains m’étaient inconnus, et d’autres simplement rencontré une fois ou deux. Depuis cette période, beaucoup sont devenus de vrais amis, avec lesquels je partage bien plus que quelques parcours de golf.

   C’est vrai que ce sport – car s’en est un -  est un sport individuel par excellence, mais quel plaisir et quelle fierté d’appartenir à une équipe comme celle-là !!!

   Je ne peux aujourd’hui que remercier collectivement et rendre hommage à toutes celles et ceux qui n’ont eu de cesse de me soutenir et de m’insuffler cette volonté nécessaire à une possible guérison. Sans aucun doute, je n’ai pas peur de dire qu’ils ont tous, hommes et femmes, contribué à me donner chaque jour cette volonté d’en sortir.

Je souhaite à tous les malades de la terre d’avoir à leurs côtés une telle bande de copains…. Cela vaut toutes les chimio du monde !

 

   Ma troisième séance de chimio avait été particulièrement  éprouvante. Je n’arrivais plus à dormir, et pour laisser un peu de repos à ma femme, j’avais émigré de notre chambre vers le salon pour y passer mes nuits. Je passais aussi beaucoup de temps sur mon ordinateur à surfer pendant des heures entre deux nausées.

   J’avais mal partout, je perdais toujours mes cheveux et le traitement au beurre de karité que l’on m’avait conseillé n’était absolument pas efficace. J’évitais d’ailleurs de me coiffer plusieurs fois par jour, redoutant de voir ce que les dents de cet instrument, devenu instrument de torture, avaient retenu comme quantité de mon système pileux. Plusieurs fois j’ai failli me raser la tête, pourtant je ne l’ai jamais fait….

 

   Je flottais dans tous mes pantalons (il y a seulement quatre mois je pouvais à peine les attacher…), car je n’en finissais pas de perdre du poids. Bref, la grande forme !! Pour arranger le tout, mes analyses de sang étaient de plus en plus « limite » et mes plaquettes étaient en chute libre ! Il était temps que tout cela cesse !.



Une autre épreuve chasse l’autre….

 

   Les trois petites semaines de repos qui m’avaient été octroyées entre cette dernière séance de chimio et le début programmé de la radiothérapie m’avaient permis de me retaper un peu. J’avais même repris presque un kilo (je comprends mieux maintenant cette espèce de hantise que les femmes peuvent avoir avec les pèses personnes….).

   Mon dernier scanner était bon et ma tumeur avait presque complètement disparu. Mes plaquettes remontaient en flèche, prouvant par-là même que mon organisme réagissait bien malgré toutes les agressions médicamenteuses qu’on lui infligeait.

   Autant mon ORL que ma radiothérapeute et autre oncologues, tous s’accordaient à dire que nous étions sur la bonne voie.

   Mon moral remontait un peu.

 

   Nous étions début mars 2006, cela faisait presque six mois maintenant que j’avais cessé de travailler….

 

   L’Hôpital était vraiment devenu ma deuxième maison, et j’avais cette curieuse impression, à chaque visite, d’être un peu comme chez moi. Les hôtesses d’accueil commençaient à me reconnaître quand je passais le sas du hall d’entrée et me faisaient même parfois un petit signe de la main. Maigre réconfort mais réconfort quand même. Il est toujours plaisant de savoir que l’on est pas un simple numéro dans une liste.

   J’avais donc rendez-vous à 10h30 le lundi suivant, pour ma première séance de radiothérapie. Je devais auparavant voir ma radiothérapeute qui devait me suivre durant tout le traitement, m’ausculter régulièrement et aussi m’expliquer ce que l’on allait me faire et combien de temps.

   Il fallait que je pense aussi à demander pourquoi chaque mardi j’avais des rendez-vous très tôt le matin, alors que j’avais plutôt émis le désir de venir en milieu voire en fin de matinée…

   Ce lundi c’est donc plutôt décontracté que je me suis rendu au service de radiothérapie de l’Hôpital. 

   Juste derrière une grande double porte battante, une grande pièce, sorte de hall avec des fauteuils disposés un peu partout et un grand comptoir arrondi où était indiqué « Réception Radiothérapie ». Je m’adressais donc à ce comptoir occupé par une jeune infirmière, blonde, et mince comme un fil.

  

Aujourd’hui la radiothérapie est une alternative à la chirurgie, parfois un complément, au traitement de certains types de cancers, et ce depuis un peu plus d’un siècle. Après quelques balbutiements, les progrès réalisés ces dernières années font qu’aujourd’hui cette technique est parfaitement maîtrisée et participe à la guérison de très nombreux cancers.

   Comment ça marche ? (Source Doctissimo.fr) Le principe de la radiothérapie est très simple : il s’agit d’exposer les cellules cancéreuses à une ionisation, c’est à dire une émission de radiations qui va altérer la composition de l’information génétique des cellules cancéreuses. Les transformations opérées sur ces cellules les rendront incapables de se reproduire. Cette forme de "stérilisation" réduit ainsi le risque de reproduction des cellules malignes, responsables du cancer.

Les cellules normales peuvent également être affectées par ces radiations, mais leur taux de réparation et de régénération est supérieure à celles des cellules cancéreuses.

   Dans mon cas, les principaux effets secondaires de la radiothérapie au niveau des zones irradiées seront des brûlures, la formation d’oedèmes plus ou moins importants, une sécheresse buccale sévère car les glandes salivaires sont irradiées, deviennent quasiment inopérantes et ne produisent donc plus de salive. Il en résulte la formation de très importantes mycoses au niveau de la langue et de la bouche. Vient s’ajouter à tout ceci l’agueusie, et une très grosse fatigue ainsi qu’une perte de poids importante.

   D’une façon générale les traitements par radiothérapie durent entre deux et sept semaines, à raison d’une séance quotidienne. Pour ce qui concerne le traitement de mon propre cas, j’ai eu droit à la peine maximum, à savoir sept semaines…. C’est très long sept semaines ! .... très très long !

   La responsable de l’accueil me demanda de lui remettre le petit carton sur lequel étaient notés tous mes rendez-vous, et me pria d’aller m’asseoir dans le coin « attente » qui faisait face à la réception du service.

   Elle consulta son terminal, appela un infirmier avec qui elle échangea quelques mots, et qui partit avec mon précieux petit carton. L’infirmière quant à elle, décrocha une nouvelle fois son téléphone qui n’arrêtait pas de sonner. Tout ceci sans se départir de sa bonne humeur qui avait l’air d’être chez elle  une seconde nature.

   Comme souvent dans ce genre d’endroit, une table basse était disposée au centre de l’espace « attente » et encombrées de revues plus ou moins récentes et auxquelles on avait enlevé les pages des mots croisés et des articles les plus intéressants… En moi même je me dis : « Penser la prochaine fois à apporter un peu de  lecture … ».

   Je pris donc place sur un des fauteuils disponibles en espérant ne pas attendre trop longtemps.

 

   Finalement l’attente fut assez brève, puisque le médecin qui devait s’occuper de moi arriva quelques minutes plus tard, et me pria de la suivre dans son cabinet de consultation.

   Elle m’ausculta, consulta avec attention toutes mes dernières analyses ainsi que mon dernier scanner. 

   Elle rangea consciencieusement le tout dans mon épais dossier et s’adressant à moi :

Bien… vous avez fait le plus dur monsieur Bonnet !….

   J’étais ravi de l’apprendre, mais j’attendais quand même la suite avec une pointe d’inquiétude…. L’inconnu fait toujours un peu peur…

Vos examens sanguins sont bons, votre tension aussi. La bonne nouvelle c’est que votre tumeur a quasiment disparu, et que l’on peut donc affirmer que la réponse à la chimio a été on ne peut meilleure….

Elle marqua un temps d’arrêt…. Puis continua :

Nous allons donc commencer aujourd’hui les séances de rayons…. Vous en aurez…40… Du lundi au vendredi et chaque mardi vous aurez d’abord une séance de chimio, plus légère que celles que vous avez eu jusqu’à présent mais c’est aussi un gage supplémentaire de guérison…

 

   J’avais donc la réponse à ma question du pourquoi des rendez vous matinaux du mardi matin. Je  savais déjà que le mardi serait le mauvais jour de la semaine…. je n’en avais pas terminé avec les virées nocturnes vers la salle de bains !!.


 

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